Publié le Lundi 13 février 2012 à 12h33.

De l'usine à la campagne - visite du candidat NPA à la prochaine présidentielle (semaine.fr)

Loin des visites ministérielles express ou du cirque médiatique déployé autour des gros candidats, Philippe Poutou a passé 24 heures en Moselle. De Metz à Thionville, pas de meeting surchauffé ni de visite sur les reliques de la vallée. Il a partagé ses idées , il le reconnaît comme celui qu'il est.

"On veut être vus et entendus, il faut accepter les règles », admet le candidat NPA en se lançant dans l'arène. Au club de la presse, pas grand monde. Trois ou quatre journalistes tout juste, pour venir faire la connaissance de celui-qui-remplace-Besancenot. Pas grand monde, donc, puisque le candidat à la présidentielle -s'il obtient les 130 signatures manquantes d'ici le 16 mars- n'est crédité que de 1% d'intentions de vote. On le vérifie là comme ailleurs : la foule attire la foule. Et inversement. Philippe Poutou arrive en citadine gris clair, conduite par un ami. Il n'a pas chaud. Jean, baskets sombres et tee-shirt, pas tout à fait le costume habituel du politique. Ça tombe bien, le bonhomme ne se sent « pas un homme politique ». Tranquillement installé, il appelle ses copains à ses côtés. Mais non, il sera seul face aux questions. C'est justement ce qu'il n'aime pas, mais c'est pour ça qu'il est là. Sa mission en quelque sorte. Olivier Besancenot en avait marre « d'être célèbre parce qu'il était célèbre ». Il a fallu le remplacer. À Bordeaux, un ouvrier avait mené et gagné un combat syndical de quatre ans au sein de l'usine Ford dans laquelle il répare des machines. « Parce qu'il écoute les gens, et que les gens l'écoutent, nous avons pensé à lui », explique Charles Paz, de l'équipe de campagne de Philippe Poutou. « Et puis il était partant, ce qui n'était pas forcément le cas de beaucoup. » 

Terre

Être candidat, c'est se faire violence dans l'exercice médiatique, être à la fois au champ et au moulin, de la campagne à l'usine. « Notre discours est à l'opposé de ce qu'on entend, prévient-il. Pas question d'austérité : il faut nous préparer à riposter. » L'accent du Sud-Ouest est léger, juste ce qu'il faut pour rappeler ses racines. Le ton est déterminé, jamais agressif. Ses idées, lPhilippe Poutou semble ne pas chercher à les imposer, mais à les partager. La politique défendue, elle, se veut « radicale ». Interdire les licenciements, expropriation des patrons-voyous, semaine de 32 heures ou encore 1 600 euros nets pour tous. Pour le NPA, l'argent existe, il suffit d'aller le chercher là où il est. « Ce qui manque, c'est le sentiment de pouvoir faire quelque chose. Il faut fédérer les colères », estime celui pour qui la solution ne peut venir que du peuple. Les révolutions arabes ou le combat des filles de Lejaby sont autant d'encouragements pour lui. « Quand les gens se battent, cela peut provoquer des raz-de-marée qu'on n'aurait jamais imaginés un mois avant. » Un programme auquel le candidat croit, tout en admettant clairement que 5% au premier tour, ce serait déjà énorme. L'ouvrier mécanicien a fait "6-14'" le jour même. Il a ensuite pris un avion, puis un train. « Les transports sont nos seuls frais de campagne », explique Philippe Poutou. Ensuite, c'est le "réseau des copains" qui se met en branle. 

Étoile

Sur son rôle, le candidat annonce la couleur. « Être la nouvelle star, je m'en tamponne. » Après Olivier Besancenot "le premier postier de France", il ne compte pas devenir "le premier ouvrier de France". Son combat politique, il va le présenter aux sympathisants mosellans le soir même. Dans une petite pièce de la Maison des associations, quelques rangées de chaises ont été installées face à une tribune ornée d'affiches. Une planète figure une bombe prête à exploser, un billet de 500€ à l'effigie de Nicolas Sarkozy. L'idée est annoncée, le public présent. On est loin des chiffres habituels : une centaine de participants. Certains, pudiques et pas accoutumés à l'exercice se postent debout, au fond de la salle. Les autres écoutent de façon plus ou moins disciplinée. « Salut à tous et à toutes. » Le ton posé et le regard tourné vers un morceau de plastique qu'il triture, le candidat manie l'ironie. « Demain, cela fera deux semaines que la France a perdu son triple A. Depuis, le CAC 40 et l'euro ont grimpé. On s'est foutu de notre gueule. » Si le fond est intransigeant, la forme oscille entre douceur et sarcasme. Les gros mots traduisent une franchise intacte. « 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France (…) Mais rassurons-nous, en 2010, la France comptait onze milliardaires de plus qu'en 2009. » Il entraîne son auditoire du constat le plus sombre au rire exutoire. Dans l'assistance, un homme au pull rouge clair commente et opine du chef. Philippe Poutou lève son regard -jusqu'alors braqué sur le bidule en plastique- vers l'homme au pull rouge et s'y accroche. Il cherche parfois ses mots, naturellement. Après un échange avec la salle, il conclut d'un « d'autres suggestions ? » Toujours sur la réserve, l'anti-star partage la parole pour ensuite la porter haut. « C'est le job. »